Chère Anne Frank.

Anne Frank (image sous licence Creative Commons. Deviant Art.)

Note :

J'ai découvert par hasard cette "opération" en faisant ma revue de presse ce matin et je dois dire que j'ai crue à une folle rumeur tant le sujet me paraît à la fois absurde et nécessaire.

Je ne compte pas remettre en cause les raisons et les justifications qui ont poussé les intéressés à vouloir repousser l’entré dans le domaine public de ce texte, mais une chose reste pour moi fondamentale : il y a le témoignage historique et l'œuvre litteraire. Le premier se doit d'être libre de toute contrainte de diffusion, alors que le second doit être protègé lui comme son auteur.

J’ai récemment retrouvé le petit « manifeste du vivre ensemble » que j’ai posté il y a peu de temps. Ce n’est qu’un petit post sur un petit blog noyer sur internet, tout comme un journal tenu par une adolescente de seize ans. Là où le journal d’Anne Frank est une œuvre universelle, c’est qu’il a « par hasard » survécu à l’une des horreurs les plus infâme que l’humanité a produite. 

Nous voilà près que soixante-dix ans plus tard, et il faut se rendre à l’évidence que le monde est loin d’être le monde « d’après » que certain rêvaient de voir et de vivre. Pire encore, de tout les coté d’anciennes méfiances, peurs, haines réapparaissent. 

Ce journal est comme un certain nombre d’œuvre produite durant les mauvaises prériode de l'humanité. Loin d’être un éloge aux vainqueurs ou une punition pour les perdants, il n’est qu’un témoin des actes et des évènements.

Avant de vous laisser lire le message original d'Olivier Ertzscheid, je terminerai par citer la conclusion de « nuit et brouillard » de Alain Resnais en pensant à ce que le monde traverse aujourd'hui en regardant un futur sombre se dessiner : « Nous qui feignons de croire que tout cela n’est que d’un seul temps et d’un seul pays et qui ne pensons pas à regarder autour de nous et qui n’entendons pas que l’on cris sans fin »

 

Message original d'Olivier Ertzscheid ( Source ) 

 

Très chère Anne,

Comme une immensité de collégiens et de lycéens j'ai d'abord découvert ton journal en cours de français à l'âge où tu mourrais dans un camp de concentration. Te voilà depuis des décennies régulièrement inscrite dans les programmes scolaires. La première fois que l'on lit ton journal (en tout cas la première fois que je l'ai lu), il s'agit presque d'un texte comme les autres, un texte du "programme", qu'il faut lire "pour le cours de français". Alors on le lit. Plus ou moins attentivement. Et quelque chose en nous change. Oh bien sûr on ne s'en aperçoit pas immédiatement. On ne le comprendra que plus tard. Lorsque avec quelques années de plus nous serons de nouveau confrontés à ton texte. A ton récit. A ton journal. Au souvenir de cette lecture. Lorsque nous en saisirons toute la force, ce récit ordinaire d'un tragique extra-ordinaire, ce récit d'une très jeune femme, conduite à la mort par la folie des hommes. Morte en 1945.

Une jeune femme dont le récit à permis à des milliers d'élèves, qui deviendront des milliers de citoyens de grandir, tout simplement. De s'élever.

Très chère Anne, ton journal, comme toute autre oeuvre littéraire devait lui aussi s'élever dans le domaine public l'année prochaine, en 2016, soixante-dix ans après la mort de son auteur, soixante-dix ans après ta mort. L'entrée d'une oeuvre dans le domaine public est toujours, toujours, une chance. Parce qu'à compter de ce jour il ne s'agit plus simplement d'une oeuvre mais d'une part de notre mémoire et de notre histoire collective. Mais je te parle de mémoire, à toi, très chère Anne, voilà qui doit te faire sourire. Qui mieux que toi sait à quel point la mémoire est importante. A quel point elle est un devoir. Ce devoir de mémoire. Qui mieux que toi y a contribué, au sacrifice de sa vie.

Très chère Anne, je viens d'apprendre que ton éditeur et les gens qui gèrent ton oeuvre, le "fonds Anne Franck", s'opposaient à l'entrée de ton journal dans le domaine public l'année prochaine. Ils ont, chère Anne, toute une série d'arguments juridiques et légaux, qui semblent juridiquement et légalement indiscutables. Il faudra donc attendre. Attendre encore 50 ou peut-être même 70 ans après ce qu'ils considèrent comme la "première" édition de ton journal, qui d'après eux remonte à 1980. Tu imagines un peu Anne ? Ton journal n'entrerait dans le domaine public qu'en 2030, voire en 2050. Plus d'un siècle après ta mort dans ce camp.

Attendre un siècle après la mort d'une jeune femme juive de 16 ans dans un camp de concentration pour que son témoignage, son journal, son oeuvre, puisse entrer dans le domaine public.

Qui sont-ils Anne pour s'opposer ainsi à l'entrée de ton journal dans le domaine public ? Le fait que tu sois morte depuis 70 ans ne leur suffit donc pas à ces éditeurs et à ces gestionnaires de droits ? De quels "droits d'auteur" veulent-ils maintenir la rente après avoir déjà vendu plus de 30 millions d'exemplaires de ton journal ? A qui bénéficient ces droits ? Aux enfants que tu n'as pas eu ?

Anne, très chère Anne, je t'écris cette lettre pour te demander la permission de ne pas attendre 2050. A la fin de ce message, je mettrai en ligne ton journal. En faisant cela j'accomplirai un acte illégal. Il est probable que "ton" éditeur ou que ceux qui se disent gestionnaires du fonds qui porte ton nom, il est probable qu'ils m'envoient leurs avocats, me somment de retirer ce texte, me condamnent à payer une amende.

Je m'en moque Anne. Car le temps qu'ils le fassent, ce texte, ton texte, ton journal aura déjà été copié par des centaines de gens, qui à leur tour, je veux le croire, le mettront alors également en ligne.

Je sais que tu ne m'en voudras pas. Il ne me faut aucun courage pour le faire. En le faisant je n'entre pas en résistance. Je ne prends d'autre risque que celui d'offrir à ton texte, quelques mois avant le délai légal de 70 ans, un peu de lumière.

Il y a ce texte, ton texte Anne. Après ces années de cave, d'obscurité, cette obscurité si pesante dans ton journal, il est temps que tu retrouves ta place. Et puisque le domaine public t'es refusé, puissions-nous collectivement avoir l'intelligence de t'offrir enfin la lumière que tu mérites, celle que ton journal mérite, celle de l'espace public.

Bienvenue dans la lumière, chère Anne.

Dimanche 13 décembre 1942.
"Chère Kitty,
Je suis confortablement installée dans le bureau de devant, et je peux regarder dehors par la fente de l'épais rideau. Bien que dans la pénombre, j'ai encore assez de lumière pour t'écrire."

Extrait de: Anne Frank. « Le Journal d'Anne Frank. »

 

Voici les 2 liens pour télécharger le fichier, au format epub, dans deux éditions différentes :

Nota-Bene : les versions diffusées ici le sont donc illégalement. Parce que je juge cette "illégalité" crapuleuse, et me tiens prêt à en assumer les conséquences. Je m'excuse en revanche auprès des traducteurs du journal d'Anne Franck, Ph. Noble et Isabelle Rosselin-Bobulesco, leurs droits d'auteur à eux, sont parfaitement justifiés mais diffuser la version néerlandaise originale n'aurait guère eu de sens.

 

PS : 

Je joins au pied de ce modèste post les lien hébérger sur ce site des deux version du journal